Gérer la pression morale et sociale au moment des repas

Vous avez décidé de bannir les produits issue de l’exploitation animale de votre vie et de votre assiette, et c’est tant mieux pour les animaux. Fraîchement résolu.e.s à appliquer les valeurs liées à votre prises de conscience (logique, outrepassement de la dissonance cognitive, refus de l’exploitation animale sur la base de la sentience et du doute…), la vie continue… Et les interactions sociales aussi ! Notamment le moment des repas, où le contenu de votre assiette pourra intriguer. Et là, c’est (peut-être) le drame…

On va commencer avec un principe simple : quelle que soit le degré de répulsion (sur une échelle allant de “Je m’en tamponne le coquillard du marteau de l’indifférence” à “Je m’évanouis de rage”) que vous inspirera la vue des produits d’origine animale dans une assiette voisine, le moment du repas est un moment un peu hasardeux pour parler de véganisme.

“Comment ?!, me direz vous, alors que leur assiette est pleine de steak de vache !!”. Je comprends votre état de choc, mais rasseyez-vous, hydratez-vous, on va développer.

Il faut y voir une position stratégique de taille : votre entourage n’a qu’une seule envie, celle de passer un bon moment et reprendre des forces. Et vous allez passer du temps avec eux. Tenter de leur faire une prise de conscience à ce moment précis sur le sort des animaux exploités risque de partir dans une conversation qui risque d’être entravée par le contenu de l’assiette de votre interlocuteur ou interlocutrice, et dans le pire des cas, bloquera toute écoute présente et future, voire déclenchera des hostilités. Vous allez être le ou la rabat-joie de service à un moment où le cerveau a juste besoin d’énergie (et donc risque d’être moins réceptif à une argumentation logique, même si vous avez préparé votre dossier hyper sérieux de sources fiables scientifiquement fondées).

Si cela ne paraît rien pour vous, c’est qu’il faut vous emmener plus loin : vous risquez créer des réfractaires à un changement de vie et de positionnement politique qui continuera d’être nuisible aux animaux. Pire encore, vous allez peut-être alimenter indirectement le bouche-à-oreille négatif à votre encontre, ce qui touchera encore plus de gens que prévu. Si vous n’avez cure de ce qu’on peut penser de vous, dites vous que les animaux, eux, continueront d’en pâtir, parce que vous ne pourrez plus toucher ces personnes. Et que ce n’est pas “nous contre le reste du monde” mais bien “nous tous et toutes pour les animaux”.

Cependant…

Il n’y a pas UNE bonne façon de faire, aussi nous nous contenterons de vous proposer que des exemples de gestion possibles. Des personnes peuvent être sensibles et sensibilisées à différents moments et avec différentes techniques ; tant que vous restez dans un domaine respectueux, et que vous vous rappelez que tout le monde n’a pas l’opportunité de naître végane ou d’avoir accès à des informations cruciales dans une société spéciste, vous n’avez pas à vous en faire. (D’ailleurs c’est valable pour tout type d’oppression systémique.)

Ainsi, des personnes curieuses voudront, avec toute la bonne foi du monde, en savoir plus sur le véganisme. Des personnes moins bien intentionnées tenteront également leur chance.
Vos meilleures armes à ce moment-là ? Votre cordialité couplée à votre sang-froid. Rappelez vous également que ce qui vous semble être une hostilité franche et assumée peut simplement être une interrogation couplée à un souci de communication.

Encore une fois, il y a un temps pour chaque chose, et ce ne sera pas toujours celui d’un militantisme acharné.
Aux premières personnes, remerciez les pour leur curiosité, et invitez-les à en rediscuter plus tard, plus au calme, quand le moment s’y prêtera davantage, idéalement après ce repas. Si vous sentez que vous n’avez pas les moyens d’assurer une argumentation performante, ce peut être un bon moyen de vous laisser du temps, et de préparer le terrain pour une meilleure communication.

Proposez leur en revanche de leur faire goûter votre nourriture, ce qui peut être positif pour déjà placer davantage ces personnes dans un état d’esprit favorable et montrer que le véganisme n’a rien à voir avec la frustration ni la privation. Refusez en revanche poliment si on vous propose des aliments que nous ne voulez pas manger, sans développer.

Et pour les seconds… Ne répondez pas à la provocation. Ces personnes n’attendent que ça, et vous le savez, et s’improviseront volontiers nutritionnistes ou fers de lance du militantisme de protection des carottes. Un  exemple de réaction possible, toujours avec un sourire aux lèvres :

  1. Remerciez les pour leur « curiosité ».
  2. Ajoutez « Je pense sincèrement que ce n’est pas le moment de parler de cela ». Si vraiment vous devez développer sur le contenu de votre assiette, répondez simplement que les aliments que vous mangez vous font plaisir préparés de cette manière, et proposez de partager.
  3. Changez totalement de sujet. Ou d’interlocuteur/interlocutrice. Ou ne répondez plus rien après. Vous avez le choix.
  4. Surtout, ne laissez pas un silence général s’installer, si vous êtes en groupe. Montrez que vous ne vous faites pas déstabiliser aussi facilement. 
  5. Si la personne revient à la charge, répétez l’opération.
  6. Si vraiment, cette personne ne comprend pas votre refus, demandez poliment à quitter la table ou à changer de place avec une personne de confiance. Le manque de savoir-vivre de l’individu concerné devrait se remarquer. Si la tablée ne vous vient pas en aide, voire appuie l’hostilité, quittez la table. Il est important que vous ne vous sentiez pas seul.e et que vous soyez respecté.e.

Dans les deux cas de figure (aimable ou troll), le but du jeu sera de calmer la situation, préparer le terrain et générer suffisamment de curiosité saine pour vous permettre d’argumenter correctement.

Il est également possible de pouvoir anticiper les situations fâcheuses, en prenant des précautions.

Vous pouvez notamment anticiper un plan de table, afin de ne pas vous retrouver trop en contact avec des personnes auxquels vous ne souhaitez pas parler.
Une façon bienveillante et polie de mettre des chances de votre côté est également d’apporter des plats copieux et délicieux à partager, pour désamorcer une partie des a priori gustatifs négatifs sur une alimentation végétalienne.

Si les conditions vous le permettent, vous pouvez également proposer d’organiser l’intégralité du repas, voire d’accueillir l’événement chez vous.

Et dans le cas où cela représente un moment trop dur pour vous, pour quelque raison que ce soit, sachez que vous n’êtes pas dans l’obligation de côtoyer des personnes qui ne respectent pas vos convictions. Il est également important de préserver votre respect et votre dignité, pour votre propre bien, mais également pour que les animaux aient des personnes qui soient en toute capacité de défendre leurs droits.

Crédits photo : nous-même. Et un peu https://imgflip.com/memegenerator/The-Rock-Driving.

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