Tu entends souvent parler de la sécheresse en Tunisie, mais ce que vivent les agriculteurs du nord au sud dépasse les simples prévisions météo. 💧 La crise hydrique n’est plus un accident passager : elle s’installe, dure et oblige chaque famille à revoir ses habitudes. Pourtant, des initiatives concrètes montrent qu’une autre agriculture est possible.
Tunisie : la sécheresse intense devient une contrainte structurelle
Les pluies se font plus rares et plus irrégulières chaque année. Dans le nord, les précipitations restent les plus généreuses du pays, mais elles ne suffisent plus à remplir les barrages. Au sud, les nappes phréatiques, déjà surexploitées, sont la seule source d’eau. Et pendant ce temps, 40 000 forages illicites puisent dans ces réserves sans aucun contrôle.
La Banque africaine de développement a publié un rapport de synthèse qui tranche : la sécheresse ne peut plus être traitée comme un aléa. Elle devient une contrainte structurelle. Les épisodes s’allongent, s’intensifient et s’enchaînent, bouleversant les campagnes agricoles. Pour les agriculteurs, chaque saison est un pari.
Du nord au sud, une agriculture qui se diversifie pour survivre
Sami cultive des olives à Gabès. Là-bas, l’irrigation dépend d’une nappe qui a déjà baissé de plusieurs mètres. Alors il a arraché une partie de ses arbres pour planter des cactus et des plantes aromatiques, moins gourmandes en eau. Son histoire ressemble à celle de beaucoup de Tunisiens. Les cultures ancestrales, comme le blé dur ou l’orge, cèdent parfois la place à des variétés plus sobres.
Cette diversité nouvelle ne sauve pas tout, mais elle aide à étaler les risques. Dans le centre, des coopératives testent des semences locales résistantes. Dans le sud, on redécouvre les techniques d'irrigation oasiennes. À chaque région sa réponse, mais toutes partagent un même objectif : rester sur leurs terres.
- 🌱 Mettre en place des cultures intercalaires pour limiter l’évaporation
- 💧 Installer des goutte-à-goutte économes en eau dans les périmètres irrigués
- 🌵 Développer des plantes résistantes comme le cactus ou le caroubier
- 🤝 Mutualiser le matériel agricole entre petits exploitants
- 📡 Utiliser des données météo pour décider des semis au bon moment
La crise hydrique pousse à réinventer l’économie rurale
💧 Comment produire encore quand l’eau manque ? C’est la question que se posent des milliers de familles. Douze gouvernorats ont été officiellement reconnus en « état de sécheresse » pour la campagne 2023-2024. Cette reconnaissance a ouvert la porte à des indemnisations, mais elle ne règle pas le fond du problème. La Tunisie reste tributaire des importations de céréales, malgré une production en légère hausse en 2024-2025. Chaque année, la facture alimentaire pèse plus lourd sur le budget du pays.
Les producteurs de fruits et légumes, eux, voient leurs sols se saliniser. L’eau saumâtre, utilisée faute de mieux, abîme la terre et réduit les rendements. Certains abandonnent les cultures commerciales pour se tourner vers des circuits courts, où la valeur ajoutée reste au village. L’économie rurale se réorganise, laborieusement, loin des grandes exploitations.
Résilience : les solutions venues du terrain
💪 La résilience ne se décrète pas, elle se pratique. Dans les régions les plus touchées, les agriculteurs combinent plusieurs stratégies. Ils restaurent les anciens systèmes de collecte des eaux de pluie, comme les jessours du sud, qui captent le moindre ruissellement. Ils replantent des haies pour freiner l’érosion. Ils transforment eux-mêmes leurs récoltes, en huiles, en conserves ou en cosmétiques, pour dégager des revenus réguliers.
💰 L’État, avec l’appui de la Banque africaine de développement, a débloqué environ 41 millions de dollars pour renforcer cette résilience agricole. L’argent finance des formations, des équipements et des projets pilotes. Mais les paysans le répètent : sans une vraie politique de l’eau, les financements ne suffiront pas. La question des forages illicites reste un immense chantier.
Quelles perspectives pour les agriculteurs tunisiens en 2026 ?
Les signes ne sont pas tous sombres. La production céréalière a rebondi après des années difficiles. Les initiatives locales se multiplient, portées par des jeunes qui reviennent à la terre avec des idées neuves. Certaines régions du nord, mieux arrosées, tirent leur épingle du jeu en misant sur l’élevage et l’agroforesterie. Tu te demandes peut-être si ces efforts suffiront. Peut-être pas, mais ils indiquent une direction.
Mais l’adaptation a un coût. Installer un système d’irrigation performant demande un investissement hors de portée pour beaucoup de petits agriculteurs. Sans accès au crédit, difficile de moderniser les exploitations. Les associations appellent à des partenariats publics-privés, à des tarifs de l’eau progressifs, et à une vraie traçabilité des forages. La route est étroite, mais des centaines de villageois la tracent chaque matin, en ouvrant leurs vannes ou en taillant leurs arbres. C’est là que se joue l’avenir de l’agriculture tunisienne.

Formée en diététique, elle s’est tournée vers l’écriture culinaire après avoir tenu un blog végétalien suivi en France. Elle teste chaque recette chez elle avant de la publier. Son dada : rendre la cuisine végétale simple et gourmande.